SNCM : assemblée générale des actionnaires aujourd'hui à  Marseille sur fond de fortes tensions le 02/07/2014 - 03/07/2014

Le "Girolata" de la Méridionale lors de son arrivée hier matin 2 juillet à Toulon, port touché à la place de Marseille. (Photo Jean-Claude Bellonne)

 

La grève à la SNCM rentre ce matin dans son dixième jour et on ne voit pas bien ce qui pourrait débloquer la situation. Seule nouveauté: Frédéric Cuvillier a prévu de recevoir aujourd'hui 3 juillet à Paris les grands élus marseillais, selon une source proche du dossier.

Ce matin à 11 h se tient, au parc Chanot à Marseille, l’assemblée générale des actionnaires. Sous réserve de questions de quorum, elle sera suivie du premier conseil de surveillance peut-être présidé par Jérôme Nanty (secrétaire général de l’actionnaire majoritaire Transdev) qui doit remplacer Gérard Couturier (un proche de l’ex-président du directoire Marc Dufour) dont la révocation est au menu de l’AG.

Sur le terrain, le Kallisté, de la Méridionale, est resté bloqué à Marseille par les marins SNCM et, pour l’anecdote, les grévistes ont fait venir du sable pour jouer à la pétanque… Le Girolata, en provenance d’Ajaccio, et le Piana, de Bastia ont fait escale à Toulon au lieu de Marseille. Le Piana a attendu le milieu de matinée avant d’avoir l’autorisation d’accoster. Les deux navires, après avoir déchargé, ont déhalé à La Seyne avant de revenir charger dans la soirée dans le port de Toulon ville après le départ des navires de Corsica Ferries. La manutention a été confiée à CGMV, avec une réquisition des dockers par le préfet, indique une source portuaire. Les navires doivent quitter Toulon aujourd'hui pour Ajaccio et Bastia.

En Corse, les transporteurs ont fait monter la pression. Après avoir envisagé de bloquer le port de Bastia dès hier, ils y ont renoncé en accord avec les agriculteurs. Mais dans un communiqué commun, tous les « socioprofessionnels », comme on dit en Corse (transporteurs, CCI, Medef, grande distribution, chambre d’agriculture…) ont lancé un ultimatum après avoir été reçus par le préfet de Haute-Corse. « Les réponses de celui-ci aux différentes exigences des professionnels ont été évasives, insuffisantes et en aucun cas au niveau nécessaire pour résoudre la crise profonde générée par cette grève. Les demandes des professionnels ont été très précises : obtention d’un quai dévolu et sécurisé à Marseille, déblocage du « Kalliste »́ occupé par les grévistes, sécurisation du port de Toulon, mise à disposition éventuelle du port militaire de Toulon, engagement immédiat de véritables négociations sur le fond avec les marins SNCM ». Le texte prévoit que, sans réponse d’ici vendredi 4 juillet à 12 h, « toute forme de protestation » sera engagée. Un blocage de tous les ports corses dont les modalités doivent être définies aujourd’hui lors d’une réunion de travail à la CCI de Bastia est promis pour lundi 7 juillet si le conflit perdure.

A Marseille, les cadres de la SNCM étaient réunis hier par la direction. Parmi les sujets sur la table : la situation financière de la compagnie à court terme. Message en substance, déjà communiqué hier par courrier : le choix n’est pas entre une liquidation aujourd’hui ou une liquidation dans trois mois mais entre disparaître aujourd’hui ou, si la saison se déroule bien, rebondir dans trois mois.

Oui, sauf que la SNCM, sans le déblocage de la prime d’assurance et de la vente du Napoléon Bonaparte (60 + 7 millions d’euros sous séquestre), reste menacée d’un trou de trésorerie à l’automne, selon différentes sources. Les commissaires aux comptes n’en ont pas pour autant décidé encore de lancer une procédure d’alerte comme ils l’ont fait l’an passé.

Autre question : qui financerait néanmoins le plan social qui, à l’occasion du retrait programmé de Toulon et Nice, va aller bien au-delà des montants du plan de départ volontaire négocié par l’équipe Dufour ? La SNCM n’a pas un sou pour cela, à moins de se retrouver en cessation de paiement. « M. Diehl (NDLR : le président du directoire) a évoqué les promesses de l’Etat de s’engager dans un possible plan social qualifié d’exemplaire», relate un participant à la réunion. C’est la première fois que cela semble dit officiellement… Interrogée hier soir, la direction de la SNCM n’a pas souhaité commenter.

Hier 2 juillet, le syndicat des personnels navigants CFTC a adressé une lettre ouverte à Frédéric Cuvillier constant que « le conflit à la SNCM se durcit, et aucune issue ne semble en vue ». Selon la CFTC, ses adhérents à la Compagnie méridionale de navigation « tiennent à dire (au secrétaire d’Etat) leur inquiétude. Ils n’accepteront pas de participer à la mise à mort d’une entreprise qui emploie des centaines de marins français. Des engagements publics ont été pris, ils doivent être tenus. La parole de l’Etat ne peut pas être dévoyée à ce point, au risque de donner le sentiment d’une grave déliquescence de l’Etat. Si vous persistez à donner l’impression de jouer le pourrissement de la situation, voire d’attendre la survenance d’incidents graves, sachez que vous ne pourrez pas compter sur l’appui des marins de la CMN pour cela. Nous sommes persuadés que des solutions existent. Mettez tous les acteurs autour d’une table, utilisez la puissance publique au service de l’emploi, en un mot soyez à la hauteur du « Défi Maritime Français » que vous nous annonciez il y a quelques années ».

in www.lemarin.fr 03/07/2014

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