SNCM : dépôt de bilan imminent - 17/09/2014

S'en remettre au tribunal de commerce de Marseille pour espérer se construire un nouvel avenir. Voici en résumé ce que projette le groupe Transdev, actionnaire majoritaire de la SNCM dont il détient 66 % du capital. Un choix pour lequel il a reçu le feu vert du gouvernement, Manuel Valls ne jugeant pas la solution inconséquente.

Évoquée hier en préfecture des Bouches-du-Rhône par la direction de la compagnie maritime lors d'une réunion à laquelle participaient le médiateur Gilles Bélier et les syndicats, elle a tout à coup été promue au rang d'une hypothèse officielle appelée à se concrétiser à la fin du mois d'octobre, lorsque le moratoire signé à la mi-juillet au terme d'un conflit de 17 jours, sera parvenu à échéance.

Pas de bénéfice durable

Comment en est-on arrivé là ? Les raisons sont connues. Il y a tout d'abord la situation financière de la compagnie maritime qui n'est jamais parvenue à être durablement bénéficiaire. La faute à l'État qui ne s'est jamais révélé bon gestionnaire, ni bon protecteur, surtout vis-à-vis de l'UE. La faute aussi, à ce que la SNCM n'a jamais eu un armateur à sa tête pour la rendre moins dépendante de la continuité territoriale et de la délégation de service public qui s'y rattache.

La faute, enfin, aux conflits qui ont nourri une mauvaise image et poussé tant Véolia que Transdev, à ne plus vouloir de cette entreprise jugée "atypique" et traitée "de boulet". La guérilla juridique menée par le concurrent Corsica Ferries et l'âpreté de la justice européenne dans la traque des aides d'État ont fait le reste. Et la décision de la Cour de Justice du 4 septembre de confirmer la condamnation à rembourser 205 millions d'euros, a semble-t-il porté le coup de grâce. Ce d'autant qu'une autre condamnation d'un montant similaire est en suspend.

Le dépôt de bilan suffira-t-il à écarter le courroux de Bruxelles ? Le fait n'est pas encore acquis. Mais surtout, plusieurs observateurs redoutent que la procédure aboutisse à la remise en cause par la Corse de l'actuelle délégation de service public. La raison d'être de la SNCM...

"Il faut se placer sous la protection du tribunal de commerce" (Olivier Diehl, président du directoire)

Qu'attendiez-vous de la réunion organisée hier en préfecture ?
Olivier Diehl : Je rappelle tout d'abord qu'elle s'est inscrite dans une série de rencontres prévues dans un relevé de décisions signé le 11 juillet sous l'égide de l'Etat, à la fin de la grève. Le 19 août il y a eu une réunion interne à la SNCM, depuis, tous les dix jours, un expert nommé par l'intersyndicale rencontre la direction générale pour travailler sur différents thèmes. Une prochaine étape aura lieu en octobre. L'objectif d'hier a été de manifester de façon officielle notre volonté profonde de trouver une solution pérenne pour l'avenir des activités de la SNCM. Il faut un projet le plus attractif possible pour trouver un repreneur. Cela veut dire qu'il faut négocier avec l'Europe, ce qui est le rôle de l'Etat ; que nous devons poser les bases d'un plan de management ; qu'il faut trouver un repreneur et obtenir le consentement de la Corse qui a attribué la délégation de service public et qui a besoin d'une continuité territoriale; qu'il nous faut enfin aller devant le tribunal de commerce pour qu'il organise tout cela. 

Vous voulez donc rendre la mariée présentable avant de vous en défaire?
O.D. : Non, ce n'est pas cela. Mais il est indispensable de passer une étape technique, celle du tribunal de commerce, pour pouvoir rebondir. Il nous faut effacer le contentieux avec l'Europe et pour cela, il faut passer par la case redressement judiciaire. Le premier ministre s'est exprimé sur ce point. Sans cela il n'y aura pas de repreneur.

Quand devrait avoir lieu de dépôt de bilan de la SNCM?
O.D. : Un moratoire court jusqu'à la fin octobre. Passé ce délai, l'idée est de se placer sous la protection du tribunal de commerce de Marseille. A partir de là, nous travaillerons sur un plan de restructuration possible. L'idée est de préparer le terrain pour le repreneur. De susciter son appétence. Encore une fois ce qui est envisagé est une modalité technique destinée à préserver l'outil. Les activités de la compagnie ne s'arrêteront pas et nous resteront maître de notre destin.

Il n'y a pas d'autre solution à vos yeux?
O.D. : Non. La compagnie perd de 30 à 40 millions d'euros en opérationnel, ce n'est pas tenable. L'Etat ne renationalisera pas la SNCM, il faut restructurer, réformer. Nous dirons comment à la mi-octobre lors d'une prochaine réunion. Encore une fois notre but est de préparer le terrain en toute objectivité, mais c'est le repreneur qui devra accomplir la suite.

Il y a des candidats?
O.D. : Une dizaine s'est fait connaître, des français et des étrangers. Mais nous n'en sommes qu'aux préliminaires. Il faut d'abord lever les hypothèques pour aller plus loin. Ensuite nous sélectionneront les plus sérieux.

Pensez-vous que votre projet va être accepté par les syndicats ?
O.D. : On peut toujours gagner du temps, attendre, mais l'Europe est inflexible, on l'a vu avec la décision de la Cour de justice du 4 septembre. On ne peut donc rester passif. Encore une fois, il nous faut rester maître de notre destin. Sinon, il y aura le risque d'une liquidation avec la vente aux enchères des bateaux.

Il faut donc une prise de conscience, en finir avec les illusions. Non, l'Etat ne renationnalisera pas, il l'a dit, et ne s'opposera pas non plus à l'Union européenne. Nous ne sommes pas dans un processus de vente normale et il n'y a pas d'autre solution que celle que nous envisageons. L'avenir des activités de la SNCM se joue maintenant et il faut montrer qu'il existe.

in www.laprovence.com 19/07/2014

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