SNCM : le conflit se durcit avec le blocage du « Kallisté » de la Méridionale le 01/07/2014 - 02/07/2014

Le « Kallisté » a commencé à être bloqué dans la matinée du 1er juillet à Marseille par les grévistes de la SNCM. (Photo Thibaud Teillard)

Les propos de Frédéric Cuvillier lundi soir à Marseille n’ont fait que tendre la situation à la SNCM. Dès hier 1er juillet vers 10 h à l’issue des AG reconduisant la grève entamée le 24 juin, les grévistes ont commencé à bloquer le Kallisté à Marseille, l’un des trois rouliers de la Compagnie méridionale de navigation en service sur la Corse. Alors que la Méridionale cherchait de la capacité supplémentaire, elle ne se retrouve plus qu’avec les Piana et Girolata qui ont quitté hier soir Bastia et Ajaccio, cap sur Toulon à la place de Marseille. Le Piana est parti avec retard à la suite d’une action des marins CGT de la SNCM. Le matin même, le Syndicat professionnel des transporteurs de la Corse, plutôt en phase avec les grévistes, avait commencé une ébauche de blocage qui pourrait se renouveler aujourd'hui. « Les transporteurs sont les premiers à être pénalisés mais tout le monde est dans le même pétrin, explique au Marin son président Jean-Marie Maurizi. On ne peut laisser un tel mouvement s’enliser. Il y a eu une reculade du gouvernement qui doit avoir le courage de dire aux marins quel est leur avenir plutôt que d’essayer de gagner du temps. Notre but, en organisant des blocages, est d’alerter sur les conséquences de cette très mauvaise stratégie et de faire sortir les élus de leur confort. »

Le blocage du Kallistéa suscité des tweets assassins de Paul Giacobbi, le président de l’Exécutif corse, qui a adressé aussitôt une lettre au préfet des Bouches-du-Rhône, dans laquelle «il enjoint l’Etat à assumer toutes ses obligations, en faisant le nécessaire pour que le "Kalliste" puisse recouvrer sa liberté. Si, dans cette affaire, l’Etat manque de l’autorité nécessaire ce serait un signe grave, qui, de surcroît, conduirait la Corse dans une impasse !» Le président de la CCI de Haute-Corse, Paul Trojani, a quant à lui estimé que « le droit n’est plus respecté, le service public bafoué et la Corse attaquée dorénavant clairement par l’occupation du navire. L’ordre public doit être immédiatement restauré ».

Au huitième jour de grève aujourd’hui, la mobilisation reste forte chez les marins (autour de 48 % hier). Alors que se réunissent ce 2 juillet les cadres de l’entreprise, le nouveau président du directoire de la SNCM, Olivier Diehl, a écrit un courrier à tous les salariés estimant que, « après cette première semaine de grève, il est de (son) devoir de vous dire de nouveau mon inquiétude. Les discussions avec l’Etat ne vous satisfont peut-être pas, certes. Mais il faut admettre la réalité, aussi difficile soit-elle. Il n’est pas possible de financer des bateaux ET de lever les sanctions européennes ». Ajoutant que si « la grève se prolonge, nous rentrons dans un processus que nous ne contrôlerons pas et qui aboutirait à la liquidation.»

Le patron de la SNCM « rappelle sa conviction profonde qu’il existe un avenir pour les activités de la SNCM. Le choix n’est pas entre la disparition maintenant et la disparition dans trois mois : il est véritablement entre la disparition maintenant et l’avenir. Pour cela, il faut savoir arrêter une grève ».

Olivier Diehl affirme également que « la solution est aussi entre les mains de l’entreprise, qui doit arrêter de compter sur les autres. Non, la DSP n’impose pas de nouveaux bateaux et il n’y a pas de mort programmée si nous ne les achetons pas immédiatement !»

Sur quelles analyses juridiques - promises hier 1er juillet pour bientôt par Olivier Diehl lors d’une réunion avec les organisations syndicales - se base cette dernière affirmation? Qu’en pense le maître d’ouvrage de la DSP, la Collectivité territoriale de Corse, sachant qu’une clause de la délégation de service public mentionne explicitement la nécessité d’introduire un premier navire neuf dès 2016 ? Dans ce contexte, ne pas les commander est-il conforme à l’intérêt social de la SNCM qui risquerait de perdre la DSP ?

Hier, dans un communiqué, l’adjoint au maire UMP de Marseille Roland Blum, réaffirmant le « soutien et la solidarité » du maire et de la majorité municipale au personnel de la SNCM, a estimé qu’« une nouvelle fois, l’Etat renie les engagements pris pendant la campagne électorale municipale concernant la commande de nouveaux navires ! En refusant d'admettre que ce dossier pourrait être réglé avec un repreneur, en refusant que l'Etat accorde une garantie de passif correspondant à la condamnation de Bruxelles sur les aides à restructuration (220 millions d'euros), ce qui coûterait moins cher que le licenciement de 2 500 personnes avec toutes ses conséquences économiques et sociales pour Marseille et la Corse, il est clair que le gouvernement socialiste joue le pourrissement de la grève. Ce qui aura pour conséquence de précipiter un dépôt de bilan de la SNCM dont l’Etat sera le seul responsable ».

Plus singulier, un deuxième soutien émane du grand syndicat italien CGIL. Dans un communiqué en français, les secrétariats fédéraux de Gênes, Savone et Livourne de sa branche transport Filt « veulent exprimer (leur) propre solidarité aux travailleurs maritimes de la SNCM et aux camarades de la CGT engagés dans la lutte pour la défense du travail. Nous sommes et nous serons engagés, par rapport à nos possibilités et moyens, à veiller qu’il n’y aient pas actions qui peuvent ruiner votre initiative de grève et de lutte ».

in www.lemarin.fr 02/07/2014

Retour